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Salsigne : d’or et déjà... une histoire sans fin ? - Environnement & Technique n° 341

Le 8 juillet dernier, le préfet de l’Aude a pris un arrêté portant suspension de la mise sur le marché, à titre gratuit ou onéreux, des légumes racines, des légumes feuilles, des poireaux, du thym et des escargots ramassés dans la vallée de l’Orbiel et aux environs du site industriel de Salsigne, sur le territoire de huit communes. La raison de cette mesure tient au fait que ces produits présentent des concentrations en arsenic et en métaux lourds supérieures aux teneurs « au-delà desquelles la sécurité des populations ne peut être garantie ». Cette suspension, d’une durée d’un an, n’est pas nouvelle : depuis 1997 et la mise en place d’un plan de surveillance dans la région, elle est systématiquement prorogée alors pourtant que les pouvoirs publics ont naguère reconnu qu’il paraissait « difficile de pérenniser la reconduction régulière d’un arrêté de suspension sans chercher des solutions plus durables » . Mais, pour l’instant, ainsi que le précise le préfet en se fondant sur les conclusions d’une campagne d’échantillonnage des productions alimentaires de la vallée, « les concentrations observées ne semblent pas évoluer ». À cela, rien de vraiment étonnant : le secteur minier de Salsigne figure dans la liste des 28 sites à risques, constitutifs d’une « menace pour la santé humaine ou l’environnement ». Cet inventaire a été établi par l’État, en application de l’article 20 de la directive 2006/21/CE du Parlement et du Conseil du 15 mars 2006 relative à la gestion des déchets de l’industrie extractive. Déjà, en 2008, à l’occasion d’une visite sur le site, la Direction générale de l’environnement avait identifié des « zones de dépôts de déchets mal confinées, mal réhabilitées et instables, ou traversées par des sources [qui] contribuent à maintenir un fond de pollution résiduelle non négligeable dans l’Orbiel » . Très récemment, les conclusions d’une thèse en géochimie isotopique environnementale, dirigée par le professeur Joël Lancelot, ont révélé que 10 % seulement de l’arsenic dissous dans les eaux de surface de la rivière sont d’origine naturelle, ce qui démontre, à rebours, toute l’importance de la pollution d’origine anthropique persistant après réhabilitation de la zone. Telle est la situation à Salsigne, dix ans après la fermeture de la dernière mine d’or de France métropolitaine et la cessation des activités métallurgiques attachées au traitement du minerai. C’est dire si, en dépit des importants travaux de réhabilitation réalisés successivement par l’Ademe et le BRGM, le passif environnemental laissé par près de cent vingt ans d’une exploitation souvent chaotique, constitue, aujourd’hui encore, un héritage embarrassant, particulièrement délicat à liquider en termes de dégradation des aménités naturelles, d’impact sanitaire sur la santé des populations locales, et de recours contentieux.

Article disponible sur Environnement & Technique, n°341, novembre 2014 (sur abonnement)

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